Chrétiens infertiles

Lorsque l'enfant ne paraît pas

Face à l’incompréhension

Les couples chrétiens infertiles expérimentent parfois douloureusement l’incompréhension ou même la méchanceté de leur entourage face à une situation qu’ils n’ont pas souhaitée et qu’ils subissent.

Ainsi, un couple interrogé nous a demandé de rappeler que l’infertilité n’est pas une punition divine, conséquence d’un mariage trop tardif (est-ce un choix de se marier tardivement quand on n’a pas encore trouvé celui ou celle avec qui on souhaite se marier religieusement?), d’une sexualité débridée avant le mariage ou toute autre cause qui « justifierait » l’infertilité aux yeux de certains chrétiens. C’est vraiment dommage de devoir rappeler cela, mais visiblement, le message n’est pas passé partout. Certains couples sont aussi particulièrement sensibles au passage de l’Évangile sur l’aveugle de naissance (Jean, 9, 1-41). Les hommes et les femmes souffrant d’infertilité n’ont pas reçu de punition divine. Dieu ne veut pas le mal. Il veut que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. De même, les couples infertiles n’ont pas besoin d’être culpabilisés sur leurs comportements, pas plus qu’une personne qui développerait un cancer du poumon sans avoir jamais touché une cigarette.

Face à l’absence totale d’enfants (infertilité primaire ou infertilité secondaire sans grossesse menée à terme), certains milieux réagissent très durement sans vraiment connaître les personnes (savoir pourquoi les couples concernés n’ont pas d’enfants). Des couples sans enfants ont déjà entendu des prêtres ou des fidèles fustiger l’égoïsme des couples qui n’ont toujours pas d’enfants après quelques années de mariage. Entre ceux pour qui c’est un choix relevant de la paternité responsable (Humanae Vitae, pour les catholiques, parle aussi de ça) et ceux pour qui ce n’est pas un choix, plusieurs personnes se sont alors senties blessées dans l’entourage. Il semble que cette mentalité soit partagée par certains fidèles, chez qui le degré de catholicité/protestantisme/orthodoxie se mesure notamment à l’aune de l’écart entre le mariage et la naissance du premier enfant (et des écarts entre les enfants à naître, mais ça, c’est pour la suite). Ça peut sembler relever du cliché le plus éculé, mais certains l’ont vraiment entendu, et très mal pris.

De même, les réflexions théologiques sur le sujet manquent parfois singulièrement de doigté. Sans entrer dans des débats sur le fondement de ces affirmations, il vaut mieux regarder à deux fois à qui on les adresse avant d’adresser des phrases telles que « Dieu éprouve ceux qu’il aime » ou « comme Dieu doit vous aimer pour vous éprouver ainsi! », surtout si ça s’adresse à un couple qui ne tient que très difficilement.

Les couples sans enfants ne sont pas les seuls concernés par ces remarques. La méconnaissance de l’infertilité secondaire engendre de nombreuses situations de souffrance pour les couples chrétiens concernés. Ces derniers sont souvent appelés à se concentrer sur les enfants qu’ils ont déjà et à ne pas se plaindre de leur sort, puisqu’eux, au moins, ils ont des enfants. La réalité est tout autre. Quand un couple se marie en ayant comme projet d’accueillir, si possible, une famille nombreuse, la non réalisation de ce projet peut se vivre comme un deuil, comme un échec, surtout si le ou les premiers enfants ont été conçus sans difficultés. La douleur engendrée par cette infertilité augmente encore si l’entourage se montre incompréhensif.

Un couple souffrant d’infertilité secondaire nous a adressé les réflexions suivantes.

« Il faut bien sûr renoncer à la famille que nous avions rêvée, supporter de voir les autres familles devenir nombreuses (et les remarques de certains, les questions) et le désagréable sentiment de ne pas être normal, le sentiment d’exclusion dans les réunions cathos, les retraites spirituelles, où nous retrouvons des visages connus avec des ventres ronds et des enfants supplémentaires chaque année. Mais il n’y a pas que ça. La douleur vient essentiellement du désir d’enfant qui ne peut être comblé. Un enfant est un enfant que ce soit le premier ou le cinquième. Il est désiré et aimé pour lui-même. Et il est souvent surprenant que des couples ayant quatre, cinq, six enfants conseillent à ceux qui souffrent d’infertilité secondaire de se contenter et de se réjouir de celui ou ceux qui sont déjà présents.

Si un seul enfant comblait les parents, si le désir d’enfant n’était pas intact après un, deux, trois ou quatre enfants, comment alors expliquer que ces mêmes personnes en aient voulu cinq ou six ? C’est absurde. Elles devraient être bien placées pour savoir que le désir d’enfant vient des tripes et du cœur et qu’il ne s’éteint pas à la première grossesse. »

À cela s’ajoute le ressenti des enfants: il faut répondre à leurs questions quand ils demandent pourquoi ils ne peuvent pas avoir de petits frères ou de petites sœurs, réagir quand ils voient leurs parents pleurer. Le suivi médical et psychologique du couple pèse également sur toute la famille. Il n’est pas facile d’expliquer à des enfants que maman va souvent chez le médecin pour améliorer ses chances d’être enceinte quand la grossesse tant attendue n’arrive pas. La tension que créent chez le couple ces traitements et éventuellement l’incompréhension de l’entourage finissent par peser sur les enfants.

Les couples infertiles qui ont déjà des enfants doivent être aussi entourés que les couples sans enfants. Il n’est pas toujours facile pour eux de voir leur entourage réaliser leur rêve de famille nombreuse alors qu’eux-mêmes n’y arrivent pas. Et ce n’est pas parce que certains couples arrivent à vivre cette infertilité dans l’abandon à la volonté de Dieu que tous y parviennent et que ceux qui n’y parviennent pas sont de mauvais chrétiens. La présence humaine auprès des couples infertiles est importante quelque soit la situation de ces derniers.

1 Commentaire

  1. Avant même l’incompréhension, force nous est de constater que le problème numéro un que rencontrent les couples infertiles est l’ignorance. Le contexte culturel global, hédoniste et matérialiste, est un univers mental où l’on ne se pose pas de questions : le consommateur-modèle a des enfants comme on achète une poupée, et s’il n’en a pas, c’est parce qu’il a envie de consommer autre chose que du pouponnage, et c’est tout. Quant au contexte chrétien, il présuppose que Dieu donne la vie en abondance et par conséquent, que le bon chrétien reçoit autant d’enfants qu’il en désire. Dans un cas comme dans l’autre, l’existence du désir d’enfant non comblé est relégué sur les marges, dans la géhenne des « cas exceptionnels » qui ne méritent pas d’attention : aussi personne ne se demande pourquoi tel couple n’a pas d’enfants ni comment il le vit.
    Nos propres parents, même dûment informés, ne voient toujours pas où est le problème. Il semble ne pas pouvoir pénétrer la sphère mentale de la majorité.

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