Chrétiens infertiles

Lorsque l'enfant ne paraît pas

Témoignage de Blandine

Les répliques les plus gratinées entendues pendant ces cinq années d’infertilité secondaire

- Une « amie » de fac qui m’annonce qu’elle attend des jumeaux mais qu’elle a tardé à l’annoncer car ne voulait en garder qu’un. Malheureusement son gynécologue a refusé d’en supprimer un sur les deux, quelle poisse ! Et elle conclut son discours par : « Et toi toujours dans tes traitements de stimulation? »

Elle ne comprend toujours pas pourquoi je ne l’ai pas contactée depuis.

- Une autre amie, qui en l’espace de trois ans, a eu un garçon puis des jumeaux, me demande : « Et tu vas continuer encore longtemps tes traitements? Non, parce que là, tes enfants vont vraiment avoir trop d’années d’écart! »

- Ma sœur aînée le jour de Noël. Je viens de lui expliquer que nous commençons des traitements hormonaux après deux ans d’essais en vain. Pas un mot de compassion ou de réconfort, mais : « Oui bon, c’est tout de même pas comme si tu n’en avais pas du tout! »

- Une mère de famille à la sortie de messe de première communion de mon fils:
« - Où sont vos enfants?
- Là, X et Y.
- Mais vos autres enfants?
- Je n’en ai pas d’autres. On n’arrive plus à en avoir.
- Vous avez de la chance parce que moi si je ne faisais pas très attention j’en aurais un par an ! (Éclat de rire) »
En effet, quelle chance j’ai ! ….

C’est le huit décembre à Fourvière. De nombreux groupes sont en mission d’évangélisation et nous attendons devant la basilique avant l’heure de la messe. Un jeune prêtre m’aborde (pas de bol pour lui, je ne suis pas son cœur de cible). Je suis avec mon n°2, sept ans.

« Alors vous allez présenter votre futur bébé à la Vierge Marie?
- Non mon Père je vais à la messe.
- Et votre fils c’est l’aîné?
- Non c’est le deuxième.
- Et vous en avez plein d’autres comme ça (et il fait le signe descendant avec sa main pour illustrer son propos, avec trois ou quatre autres frères Dalton escomptés) ?
- Non j’en ai deux. »

Merci mon Père pour cette entrée en matière qui me fait partir à la messe avec deux poignards plantés dans le cœur. Il m’a vue enceinte alors que je suis juste en surpoids. Et il vient de me rappeler qu’il me manque trois enfants, que mes tripes et mon cœur les espèrent mais qu’ils ne seront sans doute jamais là.

- Une cousine de mon mari me voyant avec une robe empire (très à la mode cet été-là) : « Un heureux événement se prépare? »

- Une mère de famille après le caté : « La grossesse vous va bien. C’est pour quand? » Je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire que c’était pour jamais et que j’avais juste pris vingt kilos avec des traitements hormonaux.

- Ma belle-mère, comme à son habitude, est restée très classique « Mais vous y pensez trop! »

Réplique favorite des femmes infertiles pour plusieurs raisons

  • C’est culpabilisant et inutile.

  • Espérer un bébé et y penser n’a jamais empêché quiconque d’être enceinte, sinon les laboratoires de pilules contraceptives auraient fait faillite depuis longtemps. L’infertilité psychogène est extrêmement rare mais on en parle beaucoup.

  • S’il s’agit d’un blocage « inconscient » comment fait-on pour agir sur cet inconscient par sa seule volonté?  Si cela fonctionnait, ce serait la faillite des psychothérapeutes.

Ce qui est particulièrement pénible pour nous, pour moi, ce sont les rassemblements de familles catholiques, notamment parce que d’années en année j’y retrouve les mêmes visages avec des ventres arrondis ou de nouveau un landau. Je dois m’y préparer moralement et prévoir une activité agréable le lendemain pour « digérer » l’événement.

Il y a deux ans, nous avons accepté d’aider des amis à la préparation d’une salle pour un grand rassemblement des Équipes Notre-Dame. Je faisais partie de l’équipe « décoration » avec cinq autres dames. Étant la plus jeune, je me suis proposée d’aller accrocher une colombe en hauteur à l’aide d’un grand escabeau.Et deux dames ont poussé leurs grands cris! « Surtout pas vous! vous n’y pensez pas! » Je n’ai pas insisté sans comprendre vraiment. Et dans les cinq minutes qui ont suivi, j’ai eu droit à la question fatidique : « C’est pour quand? ».

Dans ce milieu, il suffit de porter un pull en coton de forme tunique et d’avoir moins de quarante-cinq ans pour qu’on vous suppose enceinte.

Pourquoi les catholiques ignorent-ils encore l’infertilité secondaire? Pourquoi n’ont-ils pas la délicatesse d’attendre qu’on leur annonce une grossesse?

Inutile de dire qu’à la fin de cette journée je me suis effondrée en larmes dans les bras de mon mari. Depuis nous n’allons plus à ces rassemblements, même s’il faut mentir et prétexter une maladie ou une fête familiale.

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