Chrétiens infertiles

Lorsque l'enfant ne paraît pas

Et le mari dans tout ça? Témoignage de Cyrille

Ce sont souvent les femmes qu’on entend témoigner au sujet de l’infertilité. Mais celle-ci est aussi une souffrance pour le mari, comme en témoigne Cyrille.

Habituellement, le désir de parentalité est quelque chose qui concerne les femmes, dit-on.

Le désir de paternité, en-dehors même de tout contexte chrétien, est déjà peu pris au sérieux. Un père, à notre époque qui a déboulonné – on ne s’en plaindra pas – la statue du Paterfamilias despotique, c’est soit un immature qui s’enfuit à une distance variant de quelques mètres à plusieurs centaines de kilomètres à la première couche à changer ; soit un père qui travaille très dur et très tard pour nourrir ses enfants – qu’il voit fort peu. Allez donc, dans un référentiel pareil, faire croire que 1) vous prenez le rôle de père un petit peu plus à cœur ; et que 2) c’est un désir, c’est-à-dire pas un caprice ni un pensum concédé à Madame dans une soirée qui vous acculait au romantisme.

Et comme c’est tout de même plus gai à plusieurs, tout cela, et bien j’en désire moi-même, personnellement, et pas seulement « à deux », plusieurs. Toute cette vie ! pourquoi pas autour de nous ?

Et nous n’avons pas d’enfants.

Lors de notre retraite de préparation au mariage, dans un centre ignatien, nous avions certes eu droit à un temps de réflexion sur la fécondité et ses multiples sens. Sur la façon dont un couple chrétien peut être fécond même sans enfants. Ces quelques leçons nous semblent aujourd’hui de bien piètres ersatz. Le temps passant, je ressens plus durement ce que ma femme connaît bien plus et depuis plus longtemps : l’Église ne propose rien, ne souffle mot pour ceux qui voudraient un enfant et souffrent de ne pas en avoir. Ce « oh ! mais on peut être fécond autrement », je ne le ressens plus que comme un coup de botte en touche ; genre « contentez-vous de ce que vous avez », comme si l’on n’avait vraiment pas envie de perdre du temps avec ces gens sans intérêt.

Qui tend l’oreille ? Qui fait seulement l’effort de discerner si ce couple sans enfants est en souffrance, ou occupé, comme tant de concitoyens, à de savants calculs d’impôts et de « temps à prendre avant de s’emm… avec un gamin » ? Qui prend le temps d’affronter à leurs côtés le sentiment d’immense injustice, de faire quelques pas avec eux sur ce chemin pierreux dont ils ne comprennent vraiment pas le sens ? Qui, tout simplement, connaît, mesure, reconnaît cette souffrance ?

Il y en a tant, de la souffrance. Chaque prière universelle nous la jette à la figure : prions pour les torturés, les malades, les pauvres, et tout et tout. Priez pour eux tous ! et attendez votre tour ! Vous avez pris votre ticket ? Enfants gâtés ! pensez aux petits Éthiopiens !

Et de la part du futur père… Alors lui… franchement, à qui peut-il faire croire que c’est vrai ? Jamais, et surtout pas en Église, je n’ai eu l’impression de pouvoir être pris au sérieux. Toutes les « excellentes » raisons de n’en rien faire, que j’ai décrites plus haut, se sont dressées en une épaisse muraille. C’est simple. Hors de l’intimité de notre couple, ce texte est le premier endroit où j’ose dire : je souffre de cette stérilité. Jusqu’ici, j’ai toujours bien trop perçu, d’avance, à quel point cela ne se faisait pas de le dire. Au point de ne même pas oser le prier.

Après tout, l’Église m’a trop renvoyé son dédain pour la question. Elle m’a dissuadé de toquer à la porte de ce Christ qui ne mesure pas la souffrance au mètre et n’a pas de quotas. Elle s’est trop détournée en haussant les épaules, à l’image de ce prêtre qui, un soir de Noël, n’a rien trouvé de mieux que de ficeler une bénédiction où tous avaient leur part, sauf les couples sans enfant. Interrogé, il en rajouta une couche : « je n’allais pas citer tout le monde. »

Je ne sais pas si ce blog ira suffisamment loin pour oser dire, comme ce serait le vrai sens des mots de Galilée – « et pourtant, elle changera ». Mais c’est son but.

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