Chrétiens infertiles

Lorsque l'enfant ne paraît pas

Témoignage de Marie

Lorsque nous avons cherché à recueillir les premiers témoignages, nous avons posé quelques questions aux couples qui souhaitaient témoigner. Voici les réponses de Marie à ces questions.

Avant de répondre aux questions, un petit résumé de notre histoire.

Nous nous sommes mariés en 2000, à vingt-trois et vingt-cinq ans, avec l’intention l’un et l’autre d’avoir une famille nombreuse. Au bout de dix-huit mois, l’enfant ne venant toujours pas et l’ angoisse croissant, nous avons fait des examens médicaux pour comprendre ce qui se passait. Le bilan est tombée assez vite : stérilité primaire. Le ciel nous est tombé sur la tête et notre foi a volé en éclats. Ça voulait dire quoi ? Pourquoi on n’y avait pas droit ? Avions-nous envie de devenir parents ? Comment allions-nous devenir parents ? par la PMA par l’adoption ? Après des années plus ou moins chaotiques à se reconstruire, nous avons engagé une procédure d’adoption et nous sommes depuis 2007 parents de deux petits jumeaux qui comblent notre cœur de parents.

  • La difficulté de dire au sein de la communauté ecclésiale qu’on ne peut pas avoir d’enfants (que ça soit temporaire ou définitif)

    Je n’ai pas éprouvé particulièrement de difficultés à dire les choses. Davantage à faire entendre ma souffrance. Les prêtres – et c’est leur richesse mais aussi leur limite – ont fait le choix de ne pas avoir d’enfants. Du coup, ils ne mesurent pas forcément la souffrance que cela implique quand ce n’est pas un choix, et se réfugient vite derrière des réponses toutes faites : « vous serez féconds autrement », « vous n’avez qu’à adopter ! », insupportables à entendre sur le moment. Nous, ce qu’on veut, c’est être écoutés. C’est qu’on nous laisse crier à l’injustice, c’est qu’on nous permette de poser nos questions : « pourquoi ? » « pourquoi nous ? » « quel sens à cette souffrance ? » « comment serons-nous parents ? » « Quand ? » et qu’on puisse y répondre au regard de l’Évangile…

  • Les éventuels moments où les couples infertiles se sentent à l’écart de la communauté, voire à part

    Dans l’Église, il y a les groupes d’aumônerie, d’étudiants, de jeunes professionnels, de fiancés et une fois mariés, les couples se voient proposer les équipes Notre-Dame, les rencontres paroissiales pour jeunes foyers, les messes pour les familles… comme si mariés = parents !

    On a détesté cette sensation de ne pas faire partie de la communauté, de se sentir marginalisés, de voir que notre Église ne proposait rien aux couples confrontés aux questions touchant à la fertilité/fécondité.

    Les couples infertiles se sentent à l’écart de la communauté dans tous les moments où l’on célèbre la famille (et tant qu’à faire la famille nombreuse !) : messes des familles, Noël, mariages, baptêmes… mais aussi à la fin de la messe quand les enfants courent dans tous les sens !

    Notre histoire, notre attente, notre souffrance que nous n’avons jamais cachée, a permis que nos amis n’oublient pas les couples infertiles dans les intentions de prière au moment de leur mariage ou du baptême de leurs enfants par exemple, ce qui était une attention tout simple mais qui nous a beaucoup touchés.

  • Les gestes et les paroles de prêtres, de fidèles, qui ont pu blesser, volontairement ou non

    Tout d’abord, cette culture catholique véhiculée inconsciemment par tous (nous les premiers : on vient l’un et l’autre de familles de 5 enfants !) qui considère que le couple n’a de sens que dans les enfants et dans une famille nombreuse.

    Être confronté à la stérilité, c’est être confronté au « hors-norme » et obliger les autres à réinterroger leurs valeurs.

    Comment ne pas bondir quand une amie de ma mère me dit : « j’ai eu autant d’enfants que Dieu m’en a fait grâce ! » ? et moi, alors, Dieu ne m’a pas jugée suffisamment digne pour m’en donner ne serait-ce qu’un seul ?

    Comment ne pas se sentir blessée quand un prêtre pendant son homélie prie « pour les familles nombreuses, ces hommes et ces femmes extraordinaires qui acceptent d’accueillir la vie, alors que la plupart des couples n’ont qu’un ou deux enfants ? » (sous-entendu par égoïsme)

    Mais c’est aussi, toutes ces idées toutes faites sur la PMA que l’on juge souvent sans connaître, en oubliant les couples en souffrance qui y sont confrontés.

    Lire dans un journal catholique, que la PMA c’est le Mal, que faire une FIV, c’est comme un adultère, ce n’est pas constructif, c’est blessant !!

    Certains amis se sont détournés de l’Église quand ils ont fait ce choix.

    J’en veux beaucoup à l’Église pour ce manque d’humanisation de son discours.

    En ce sens, j’aurais aimé davantage des gestes de compassion, d’accueil de la communauté paroissiale.

  • Le manque de connaissance des responsables d’Église sur le thème de l’infertilité

    Les prêtres sont généralement gênés par cette question parce qu’elle touche à la sexualité et à l’intime. Ils se protègent alors derrière les discours de l’Église à ce sujet ou nous renvoient à l’adoption mais adopter est une vocation, pas un palliatif !

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